27 Dec 2021
Le P.M. a proposé, le Colonel a accepté. La navigation à vue va-t-elle commencer ?

Le P.M. a proposé, le Colonel a accepté. La navigation à vue va-t-elle commencer ?

Ecrit le 27 - 12 - 2021


Le Premier ministre Mohamed Béavogui a présenté au Colonel Mamady Doumbouya la feuille de route préparée par son gouvernement pour conduire la transition. Le Président de la transition, tombeur du régime dictatorial d'Alpha Condé l'a accepté. Avaient-ils déjà harmonisé leurs positions pour que le document soit agrée tel quel ? Fort possible.

Si les forces vives avaient accepté, malgré des réserves, la Charte de la transition du Conseil national pour le Rassemblement et le développement (CNRD) du Colonel Mamady Doumbouya, il n'est pas sûr qu'elles soient en accord avec le programme concocté par l'équipe Mohamed Beavogui, sans doute sous la direction des conseillers et collaborateurs de la junte. Cette feuille de route ressemble beaucoup à un plan triennal, voir même quinquennal, qui ne dit pas son nom. Un plan de développement.

Comme nombre d'acteurs des forces vives, Rafiou Sow, président du Parti du renouveau et du progrès, estimait (*) que Mohamed Béavogui allait diriger "un gouvernement de transition, il n'a pas mille défis à relever. Ce qu’il doit faire, c’est d’aider à coordonner la transition afin de revenir à l’ordre constitutionnel, aussi nettoyer un peu et apporter de la rigueur dans la gestion de l’administration publique. Cela doit se faire dans les départements ministériels, les directions et même les institutions".

Mais au lendemain de la publication de la feuille de route qu'il a présentée au Colonel-Président Mamady Doumbouya, nombre d'observateurs commencent à noter que "les militaires, avec la complicité de certains acteurs des forces vives sont en train de chercher les moyens pour s'installer aux commandes du pays... éliminer les acteurs politiques, notamment Cellou Dalein Diallo et ses alliés de l'ANAD. Reste à savoir quelle sera la réaction de la communauté internationale qui ne va pas laisser passer cette confiscation du pouvoir".

Nul ne conteste que le Colonel Doumbouya et ses camarades, comme il dit souvent, sont allés à la mort pour libérer la Guinée du régime dictatorial d'Alpha Condé. "Mais, fait remarquer un acteur politique, chacun sait aussi qu'en Guinée comme dans la quasi totalité des autres pays francophones d'Afrique, le pouvoir use et abuse du judiciaire et des forces militaires et paramilitaires pour se maintenir au pouvoir, avec le soutien des partis politiques bidons et d'acteurs de la société civile à leurs soldes. C'est ce qui freine le développement démocratique dans ces pays. Aujourd'hui j'ai l'impression que ceux qui, en mars et octobre 2020, avaient aidé Alpha Condé à gagner son 3 ème mandat sont en train de conseiller le CNRD du Colonel Doumbouya".

Pour un analyste politique, "on n'a pas besoin de CNT. On a besoin d'une commission composée de juristes et de sociologues pour revisiter la constitution élaborée par les forces vives en 2010, pour la rendre inviolable, afin que nul ne soit en mesure de convoquer, comme l'a fait Alpha Condé, un referendum constitutionnel pour faire sauter les intangibilités. Seulement, les autres dispositions de cette constitution pourraient être modifiables si nécessité il y a. Il faut également souhaiter la décentralisation soit instituée pour donner plus de pouvoirs aux régions et aux communes. La centralisation des pouvoirs n'est pas démocratique et elle freine le développement".

Poursuivant, cet analyste est "certain que cette feuille de route souffre de légitimité et elle va donner des arguments à la Communauté internationale, notamment la CEDEAO, pour mettre plus de pression sur les nouvelles autorités guinéennes. Parce que cette feuille de route aurait dû être préparée en collaboration avec la classe politique. La direction d'un pays, c'est la classe politique. Ce ne sont pas ces séjours dans des camps militaires qui ont permettre de bien gérer un pays".

Colonel Doumbouya et ses camarades vont-ils comprendre qu'ils ont emprunté une côte très... abrupte plutôt que d'emprunter les voies les mieux indiquées qui sont celles de la concertation avec la classe politique ? Pour un responsable politique ", "ce n'est pas sûr. Aujourd'hui, avec cette feuille de route qui ne fait que proposer des étapes, sans indiquer les échéances que le P.M. a proposé, que le Colonel a accepté. La navigation à vue va-t-elle commencer ?"


Brehim Ould MAHMOUD

(*) https://www.dw.com/fr/les-d%C3%A9fis-qui-attendent-mohamed-b%C3%A9avogui-en-guin%C3%A9e/a-59444087

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